Son principe : l’auteur doit être absent de l'œuvre.
Actions et personnages ne sont pas décrits par un narrateur,
ils sont vus par les personnages eux même.
Le style indirect libre efface les territoires narratifs et les protagonistes.
Cela permet d'infinies modifications de point de vue
et la disparition du sujet romanesque. Les détails,
le "non-lieu" de mise en œuvre de l'intrigue évacue l’émotion
au profit d'une forme l’ironie qui met tout à distance.
Le jeu avec des clichés, des stéréotypes, et autre idées reçues
va dans le même sens.
Cultiver le non-sens et le rien
La relativité généralisée des points de vue
met en action le doute permanent
qui se refuse à conclure.
Les œuvres les plus belles sont celles
où il y a le moins de matière ;
plus l’expression se rapproche de la pensée,
plus le mot colle dessus et disparaît,
plus c’est beau.
Gustave Flaubert,
lettre à Louise Colet,
16 janvier 1852
Il ne s’agit pas de refuser le sens. Il s'agit de montrer
l'intuition profonde qu’il n’y a pas de sens.
« Je ne crois qu’à l’éternité d’une chose,
c’est-à-dire de l’Illusion, qui est la vraie vérité.
Toutes les autres ne sont que relatives » (
15 janvier 1847),
« ce qui n’a pas de sens
a un sens supérieur à ce qui en a »
(juillet 1845).
C’est là l’explication de son affirmation célèbre :
« Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire,
c’est un livre sur rien […] qui se tiendrait de lui-même
par la force interne de son style »
16 janvier 1852.
Dans les points de vues de Séroux ici
il ne se passe rien. Rien qu'une usure du temps
et la folie des femmes et des hommes.
Le pari consiste à transformer le « rien »
en une sérénité tenant lieu de chef-d’œuvre.
Dans ses points divers composants,
il ne se passe rien ou plus exactement
rien qu'une usure du temps
et que la folie des femmes et des hommes
face au vide. Le pari consiste dès lors
à transformer ces « riens » en une sérénité
tenant lieu de chef-d’œuvre.
Collection Qwest
Le portrait d'Emma
1 tableau trouvé à Buenos Aires
Collection Somexki
1 photographie
Séroux
1 collage
Alex Svi
1 question
Arles 2016
Collection Ghabor
1 photographie
Extrait du roman de Flaubert
La conversation de Charles
était plate comme un trottoir de rue,
et les idées de tout le monde
y défilaient, dans leur costume ordinaire,
sans exciter d'émotion, de rire ou de rêverie.
La parole humaine est comme un chaudron,
fêlé, où nous battons des mélodies
à faire danser les ours,
quand on voudrait attendrir les étoiles.
Mais elle, sa vie était froide comme un grenier
dont la lucarne est au nord,
et l’ennui, araignée silencieuse
filait sa toile dans l’ombre
à tous les coins de son cœur.